Le Blog du Cours Florent

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Robert Hirsch, trésor national vivant

Au Japon, on désigne de ce terme élogieux – oh combien ! – la personne qui incarne le mieux une tradition culturelle. Or qui mieux que Robert Hirsch peut remplir ce rôle ? Il est à lui tout seul un pan immense de l’histoire théâtrale. Il a fait les belles soirées de la Comédie-Française en touchant à tous les emplois, de Scapin à Néron, de Bouzin à Richard III. Il est de ces acteurs qui marquent le spectateur de manière indélébile.

A quatre-vingt sept ans, au Théâtre Hébertot, il occupe les planches en légende, puisqu’il porte en lui, dans sa géniale carcasse, les fantômes de sa carrière. Il est aussi le petit bonhomme tracassé par les ennuis de sa vieillesse, de sa mémoire, de la fuite en avant du temps qui préoccupe tout être humain.

Il est tout cela et il n’est que cela. C’est ce qui le rend unique et inégalable.

A la fois homme et mythe.

On va dire que j’exagère. Pour s’en convaincre il n’est que d’aller voir le merveilleux spectacle mis en scène par Ladislas Chollat. Cet homme-là sert la pièce de Florian Zeller, Le Père, avec un art consommé fait de simplicité et d’évidence. Il ne se pousse pas du col pour en remontrer. Il dirige avec doigté ses acteurs, tous excellents, à commencer par Isabelle Gélinas, frémissante et diaprée, et Patrick Catalifo, tout en force contenue. Le décor, blanc, prend des contours inquiétants aux ombres à peine fumées ; la musique souligne subtilement le climat obsédant de l’action. Ladislas Chollat sait s’entourer, il le montre encore aujourd’hui. On sent que chacun est à sa place pour donner le meilleur, dans un esprit de partage et pas du tout pour servir la « vedette » du spectacle.

D’ailleurs quand on fait la remarque à Robert Hirsch qu’il pourrait saluer seul – comme cela se fait dans certains théâtres – il oppose un refus catégorique, il veut être applaudi avec ses camarades qu’il estime et qu’il aime. Ensemble.

Encore une preuve de la belle générosité de cet éternel jeune homme au cœur simple.

FXH

Théâtre Hébertot : 78 bis boulevard des Batignolles, 75017 Paris

Réservations et infos pratiques : http://theatrehebertot.com 

Vimala Pons, l’électron libre

Elle a tout bien fait comme il faut, Vimala. Reçue à la Classe libre, puis au Conservatoire, lauréate du Prix Olga Horstig, elle a fait le bonheur de ses professeurs en affichant un caractère trempé et une curiosité à toute épreuve. Curiosité qui l’amène tout naturellement lors de ses études dans l’école nationale à visiter de l’intérieur une année entière le Centre national des arts du cirque. « Particulièrement obsédée, avoue-t-elle, par le fait précis de tenir en équilibre des objets sur moi. »

Ou pour mieux dire sur la tête. C’est ainsi qu’au Monfort, avec ses brillants camarades de jeu, Maroussia Diaz Verbèke, Tsirihaka Harrivel et Erwan Ha Kyoon Larcher, l’espiègle Vimala tour à tour extravague en plaçant sur elle des objets les plus inattendus. Il faut le voir pour le croire. Ivan Mosjouskine (c’est le nom du groupe) présente De nos jours (Notes on the circus). Le spectacle est né du « désir enflammé de faire parler le cirque, celui d’écouter enfin ce que le corps agissant a à dire et ce que la tête pensante a à faire. »

Ces circassiens sont avant tout (et réciproquement) des comédiens qui interrogent une forme de spectacle qui unirait de nombreux possibles. C’est drôle, divertissant, souvent insolite. C’est aussi tendre, cruel, merveilleusement virtuose et doué d’une jubilation poétique.

Il n’est pour s’en convaincre – mais ce serait superflu – que regarder les corps assouplis et les yeux pétillants des quatre larrons aux saluts de la fin du spectacle. Des yeux éblouis par le bonheur d’avoir partagé une aventure avec le public. Des yeux d’enfants étonnés d’avoir donné le meilleur.

Vimala, elle pourrait se contenter de mener une carrière plus classique. Elle pourrait sans problème enchaîner les films et les pièces. Nombre de metteurs en scène et de réalisateurs, j’en suis convaincu, ne rêvent que d’elle. A commencer par Bruno Podalydès qui la fit tourner pour le dernier Resnais, Vous n’avez encore rien vu. Elle y est l’Eurydice d’aujourd’hui aux côtés de son Orphée (le talentueux Sylvain Dieuaide). Il n’est qu’à voir le regard ému de Vladimir Consigny (Mathias, perdu d’amour fatal). Elle ne souffre pas de la comparaison avec ses glorieuses aînées, Sabine Azéma et la troublante Anne Consigny. Elle jette son naturel à l’écran qui lui renvoie l’exacte image de son talent.

Oui, elle pourrait être une actrice normale. Elle choisit une autre voie, plus périlleuse sans doute, mais plus exaltante, celle de la liberté.

 

François-Xavier Hoffmann

Plus d’informations: http://www.lemonfort.fr/agenda-programme/de-nos-jours-notes-on-the-circus

Claudia Dimier, une étudiante dans la cour des grands

Deux anciennes élèves du Cours Florent, Lysiane Meis et Claudia Dimier, sont actuellement sur la scène du Petit Théâtre de Paris, dans une pièce émouvante et drôle : L’Étudiante et Monsieur Henri.

L’histoire d’une étudiante un peu effrontée qui loue une chambre chez un vieil homme bourru, en délicatesse avec son fils et sa belle fille.

Le personnage central du très joli texte d’Ivan Calbérac, mis en scène avec intelligence par José Paul, est Roger Dumas qui joue Monsieur Henri avec une vivacité et un métier bluffants.  C’est un plaisir de voir évoluer, une fois de plus, cet acteur rare et fin, si à l’aise dans le registre subtil de ce quatuor à la fois plaisant et  profond.

Lysiane Meis, dans la belle-fille un peu perchée, est toujours aussi cocasse. Elle est une des rares comédiennes actuelles capable de jouer sans surenchère ces femmes que l’on suppose cruches et qui ont une vraie intelligence de cœur. Elle se révèle, quand il le faut, très émouvante, cueillant le public au moment où il pensait avoir fait le tour d’un personnage à qui elle donne une très belle vérité en soutenant le trait sans perdre l’équilibre.

Sébastien Castro comme toujours très drôle donne une réelle épaisseur humaine à son personnage de fils méprisé.

Claudia Dimier, enfin, l’étudiante du titre, à la fois directe et pudique, sexy et fragile, confirme un talent que nous lui connaissions et qui conquiert naturellement le public réjouit de la petite salle de la rue Blanche.

Les comédiens jouent avec une virtuosité jamais gratuite une partition élégante et percutante dans laquelle chacun trouvera un écho personnel.

Bref, allez au Petit Théâtre de Paris : l’appartement de Monsieur Henri y résonne de vie et d’humanité.

Frédérique Farina

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