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En caisse / Le voyage immobile de Raphaël Grillo

En caisse / Le voyage immobile de Raphaël Grillo

 Il n’en revient toujours pas. Un premier roman envoyé au Seuil et le voici sur les tables des libraires. Avec En caisse, il rejoint ses jeunes aînées florentines, Camille de Peretti et Alma Brami, entre autres, qui sont déjà passées à l’écriture.

« J’ai toujours écrit, pour moi, le théâtre, le jeu et l’écriture sont intimement liés. Une camarade du Cours Florent, Carole Cailloux, lisait les chroniques que j’écrivais et elle m’a encouragé. Elle les a envoyées à l’éditeur. Cela leur a plu. Louis Gardel m’a demandé de développer le sujet, de retravailler le style, et voilà ! C’est un coup de poing que le destin vous donne d’être édité dans une jolie maison. Mais cela ne me monte pas à la tête, certainement pas ! Je suis juste satisfait que mes premiers lecteurs, mes proches, aient des réactions positives.»

Grillo ©John Foley 01

Il est trop pudique pour l’avouer, mais il y a beaucoup de Raphaël dans ce roman. Un été, dans son petit appartement, il s’est imaginé être dans une guérite de péage d’autoroute. Un narrateur arrêté qui regarde défiler des voitures. Un poste fixe pour observer le mouvement, des moments d’abandon aussi pour rêver, pour se souvenir. Il vagabonde dans un passé immobile, tellement présent qu’il lui saute à la figure.

Raphaël Grillo ne nomme pas son héros, mais on sait qu’il lui ressemble. La mort du père, le périple en Italie, la terre de ses origines, ce n’est pas le hasard, cela fait partie de son histoire intime. Tout comme les jolis mots inventés pour nommer ses personnages : ma copilote-mon-amour, qui l’accompagne sur les routes d’Espagne, Maman-l’enfant, discrète et présente… Il aime les mots, les phrases sont allègres, rapides, fulgurantes.

« Mon style vient aussi du théâtre, j’aime la punchline, comme dans le rap. Et puis jouer avec les mots. Je me souviens que Véronique Vella, ma prof de 3ème année à Florent, nous a beaucoup sensibilisé à cela. Pour corriger les épreuves, j’ai demandé à deux camarades, Laurie Catrix et Cyril Manetta, de lire mon texte à haute voix et de souligner ce qui passait mal à l’oral. J’ai beaucoup retravaillé à l’écoute. D’ailleurs, il est question que ce texte soit adapté pour la scène, j’en serais très heureux. »

En attendant prenez la main que Raphaël vous tend et partez en voyage avec lui. Il continue sa carrière d’acteur, notamment avec ses amis fidèles qu’il a rencontrés pendant ses études à Florent. Il se laisse du temps pour le deuxième livre, en notant des idées par-ci par-là. Il est question qu’il enseigne un jour, il en a le désir, il y pense, mais ceci est une autre histoire.

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FXH

 

La mémoire de Jean-Louis Trintignant.

Pour Philippe Landoulsi, il est le meilleur acteur de sa génération, le plus inventif, le plus inattendu surtout.

Inattendu, il l’est dans ce long entretien avec André Asséo qui constitue comme un livre de souvenirs.

Les souvenirs d’un acteur, c’est toujours intéressant, quand il sait les raconter bien entendu. Avec lui, on est servi, il ne manie pas la langue de bois. Sans être sulfureux, il est d’une franchise absolue, sur sa carrière et tous ceux – et ils sont légion – qu’il a côtoyés : de Lelouch à Bertolucci, d’Audiard à Kieslowski, de Rohmer à Truffaut… Sans compter les actrices, Catherine Deneuve, Anouk Aimée, Brigitte Bardot, Romy Schneider, …

Il en parle avec amour, avec admiration parfois, mais il égratigne aussi souvent. On sent qu’à la fin de sa vie, il peut s’ouvrir sur le métier, qu’il n’aime plus beaucoup, mais qu’il continue à faire contre sa volonté parfois. Il n’a pu résister, lui qui affirmait ne plus vouloir faire du cinéma, à tourner dans le dernier film de Michael Hanecke avec Emmanuelle Riva et Isabelle Huppert. On le sent heureux d’avoir désobéi à sa promesse.

La poésie l’occupe beaucoup, Prévert, Rimbaud, et puis Apollinaire qu’il a beaucoup lu avec sa fille, Marie. Marie, l’amour et la douleur de sa vie, il l’évoque au passage, dans une pudeur tragique. L’idée de la mort n’est jamais très loin, elle l’accompagne aujourd’hui, comme à l’heure où il se livrait à la compétition automobile.

Il livre aussi de belles réflexions sur l’acteur, mais sans donner de leçons, ce n’est pas un théoricien. C’est un artiste, un écorché – une sensibilité à fleur de peau –  et un jouisseur – il aime le vin, les femmes et les feux de cheminée, qui propose un rendez-vous avec ses lecteurs.  Ce serait péché de ne pas aller à sa rencontre.

FXH

 

Jean-Louis Trintignant

Du côté d’Uzès

Entretiens avec André Asséo

Editions du Cherche Midi

Bohème, d’Olivier Steiner

1999 cours du soir,

2ème année,

il propose Duras, toujours,

il passe magnifiquement Rambert,

nous travaillons sur Beaumarchais,

d’autres aussi, beaucoup d’autres…

il est intelligent, drôle, angoissé… trop.

Une décennie plus tard,

il publie son premier roman chez Gallimard. C’est un livre fort, à ne pas rater.

Le roman d’une passion amoureuse : à la fin d’un spectacle un jeune homme glisse un mot à un metteur en scène célèbre dont il a croisé le regard.

– Est ce que je peux vous écrire ?

– Avez-vous peur de l’inconnu ?

– Que faites-vous quand vous trouvez une bouteille à la mer ?

Tout se dira travers des courriels qui, s’ils explorent le désir, plus encore nous disent l’absence, la sublimation de cet autre toujours ailleurs.

« La langue de Bohème est littéraire, à la fois actuelle et précieuse, l’écriture y est hystérisée par la distance et l’interdit »…

Christian Croset

 

Olivier Steiner, par lui-même

L’enfance est un territoire illimité. Je suis né à Tarbes le dimanche 15 février 1976, à 16h40. Je m’appelais Jérôme Léon et je vivais avec mes parents et ma sœur Stéphanie. Durant mes premières années j’ai souffert d’un bégaiement dit vulgaire – terme médical consacré – qui m’a tenu emmuré vivant jusqu’au collège. C’est particulier d’avoir des mots en soi et de ne pas être capable de les formuler. Quand on est au bord de dire quelque chose, il y a une expression : on dit qu’on l’a au bout de la langue. C’est un peu ça. Sauf que ce n’était pas un simple grain de sable que j’avais au bout de la langue, mais toute une plage.

Aujourd’hui je ne bégaie plus mais je reste bègue dans ma tête. Le bégaiement n’est pas une maladie mais un trouble, c’est pour la vie, comme la couleur des cheveux ou la taille.

Après le Bac, je quitte Tarbes pour Toulouse où je commence toutes sortes d’études : Médecine, Droit et enfin Lettres Modernes. Je me cherche. Je me mets à faire du théâtre et je veux être comédien. A 22 ans je quitte Toulouse pour Paris. Dans le train je décide de changer de nom. C’est un vieux fantasme. Ce sera Steiner, pour Duras, forcément.

Mais aussi pour Truffaut, Le Dernier Métro, film dans lequel Deneuve s’appelle Marion Steiner. Olivier vient naturellement. J’aime bien l’arbre et la sonorité du mot. Je ne réfléchis pas. Après, beaucoup plus tard, je fais le lien avec Lol V. Stein.

J’arrive à Montparnasse avec le grand sac en cuir noir de mon amie Sylvette et 2000 francs en poche. C’est drôle de remarquer que je parle d’une époque précédant l’euro. Je m’inscris au cours Florent. Olivier Steiner devient mon nom officiel, plus vrai que l’autre, celui de la naissance. C’est pour cela que je n’aime pas trop le terme de pseudonyme qui sous-entend quelque chose de faux ou de rajouté. Je m’invente avec Olivier Steiner. C’est un nom de vie, plus vrai que nature.

Comédien, ça ne marche pas. J’arrête. Je suis nul aux castings, intimidé et agressif. Je ne travaille pas assez. Je crois que je ne suis pas mauvais mais je n’aime pas dépendre du désir de l’autre. Je préfère être celui qui désire.

On écrit, on sait écrire, on aime ça et puis un jour ça devient grave, on décide qu’on ne fera que ça. Ce choix est mystérieux. D’ailleurs, est-ce totalement un choix ?

En mars 2012 je publie Bohème, mon premier roman chez Gallimard dans la collection Blanche.

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