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Et si on parlait théâtre avec Jean-Michel Rabeux…

Vincent Brunol a emmené sa classe de 1ère Année à la MC93 de Bobigny pour assister à une représentation de R. and J. Tragedy, une libre adaptation du Roméo et Juliette de Shakespeare. Dans les rôles-titres deux anciens : Vimala Pons et Sylvain Dieuaide. Le metteur en scène du spectacle, Jean-Michel Rabeux est venu à leur rencontre.

C’est quoi être acteur ?

Mais à quoi sert de faire du théâtre aujourd’hui ?

C’est avec ces questions lourdes de sens qu’on aurait pu commencer. C’est pourtant par cet échange, qu’on croyait ultime, que Jean-Michel a relancé la machine pour une demi-heure supplémentaire d’entretien passionnant à propos de son « adaptation pillage » de Roméo et Juliette de Shakespeare.

Pillage ?

 « J’ai tout réécrit de mémoire quand j’étais en voyage à Rome, sans le texte. Je voulais aller à l’essentiel. » On comprend mieux le propos du metteur en scène quand on assiste à une représentation de R. and J. Tragedy. Le texte de Shakespeare y est presque absent, comme condensé et écrasé. Il y a une urgence folle qui conduit les protagonistes à une mort certaine. C’est de cette urgence à dire que se nourrit Rabeux, semble-t-il, une révolte qui ne tarit pas et qui nourrit son propos.

Pourquoi monter cette pièce?

« Ceux qui torturent, ceux de la guerre, les mêmes qui interdisent d’aimer, car c’est de ça que je parle et ceux-là, je ne les aime pas. Roméo et Juliette sont deux enfants à qui on interdit d’aimer. »

Dans R. and J., les acteurs sont habillés en nuisettes, filles et garçons, ils sont nus, dépouillés de leur corps social, fragiles, à la merci, et laissent passer à travers leurs failles la lumière, une humanité profonde. J’ai la sensation d’être à leur merci moi aussi, tant par la proximité de ces corps, imposée par la scénographie, mais aussi par ce que les acteurs installent, un danger permanent, on n’est pas tranquille dans ce théâtre-là.

Pour mieux faire comprendre son propos, Jean-Michel Rabeux est revenu aux origines du théâtre. D’abord à Mycènes, en Grèce, pendant la période archaïque où le prêtre sacrifiait devant la foule rassemblée, le bouc dont le sang se répandait dans les rigoles de la cité et jusqu’à la mer, emportant avec lui les malheurs de la société comme une purge. Il y a du rite dans ce théâtre et l’acteur, selon lui participe à ce rite ancestral encore aujourd’hui.

Ils les aiment les acteurs, Jean-Michel Rabeux.

Jean-Michel Rabeux | © Gantner

« C’est un putain de métier, le plus beau. Les acteurs portent sur eux le malheur du monde et je les aime pour ça. Si on sacrifie deux enfants sur un plateau de théâtre parce qu’ils s’aiment, c’est pour que ce genre de choses n’arrive pas en vrai. C’est une utopie, mais j’aime les utopies. »

 

Vincent Brunol

http://www.rabeux.fr/accueil

Dates de tournée 2012/2013

MC93-BOBIGNY, du 11 au 29 janvier 2013

Scène Nationale du Petit Quevilly – Mont Saint Aignan, du 03 au 05 avril 2013

 

Tristesse animal noir, de Anja Hilling L’enfer dans la forêt

Décidemment La Colline réussit à merveille sa saison d’hiver. Après La nuit tombe de Guillaume Vincent, « délocalisée » aux Bouffes du Nord, Stanislas Nordey, avec une grande intelligence, met en scène au Grand Théâtre une pièce majeure de l’auteure allemande.

Tristesse animal noir se déroule en trois parties distinctes dans le temps et l’écriture. D’abord, on assiste à un pique-nique dans une forêt verte et touffue, organisé par des bobos, une petite bande de gens guère passionnants, mais qui sont le reflet de ce que nous sommes, c’est « la fête ». Un incendie survient ensuite et ravage tout : les arbres, les animaux, les hommes. Un bébé meurt, c’est « le feu ». Enfin le groupe rescapé subit les affres brutales de l’après-catastrophe, rejeté sans pitié dans un autre monde, celui de la solitude et de l’angoisse et c’est « la ville ».

On assiste bien à un incendie de forêt, et livré sous forme de récit. L’écriture suggestive d’Anja Hilling, traduite par Silvia Berutti-Ronelt, évoque la tragédie. Théramène raconte la mort d’Hippolyte. Ici Miranda raconte celle de son bébé. Lamya Regragui s’abandonne avec dignité dans des accents qui cognent au cœur.

La description de l’horreur passe par la puissance d’évocation du récit, la force de l’émotion de l’acteur sollicite l’imaginaire du spectateur. C’est l’éternelle variation du sacrifice d’Iphigénie. L’enfant sacrifié représente la quintessence de l’horreur. Comment survivre à la perte d’un enfant ? Comme Wajdi Mouawad, qui reprend Sophocle, Anja Hilling ose aller au plus profond de nos peurs. L’effet doit être cathartique, nous sommes en plein dans la catharsis aristotélicienne. Ainsi s’exprime Stanislas Nordey qui signe une de ses meilleures mises en scène.

Il place, comme il aime le faire souvent, ses acteurs en oratorio, ce qui s’avère ici très judicieux et frappant. La parole exprimée dans les divers codes d’écriture, selon les parties de la pièce, touchent de plein fouet les spectateurs. Tour à tour, chaque acteur, chaque rôle, se développe et prend forme en inscrivant son histoire intime, mais aussi sociale dans des phrases, dans des mots percutants et lapidaires. La troupe est éblouissante de densité. Vincent Dissez, Valérie Dréville, Thomas Gonzalez, Frédéric Leidgens, Lamya Regragui (déjà citée) et Laurent Sauvage forment ce chœur moderne de personnes ordinaires confrontées subitement au destin qui bouleversera leurs pauvres petites vies. Ils sont rejoints par Moanda Daddy Kamono et Julie Moreau, acteurs-spectateurs du drame.

Tout aussi inattendue est la scénographie d’Emmanuel Clolus. Comment représenter sur le plateau un incendie de forêt ? La solution trouvée est spectaculaire, étonnante. Je ne vous en dis pas plus.

Encore une fois, au théâtre, il faut se laisser posséder, habiter par la représentation. Il faut accepter le conte qui défile dans nos oreilles et sous nos yeux. On en ressort ému, extasié et lavé. Il y a sur le plateau de La Colline une réunion de talents exceptionnels, allez vite à leur rencontre.

 

FXH

Du 11 janvier 2013 au 02 février 2013

http://www.colline.fr/fr

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