Le Blog du Cours Florent

Théâtre

Rêves de Wajdi Mouawad

Rêves de Wajdi Mouawad

James Borniche, le metteur en scène de Rêves, est sur son petit nuage. Il a initié son projet pour son Travail de fin d’études en juin 2012. Il venait alors d’être reçu à la Classe libre (Promotion XXXIII). La pièce a été primée et rejouée pour les Automnales. A présent, son équipe est sur le plateau du Théâtre de Belleville jusqu’au 28 octobre.
« C’est en 2010 que j’ai découvert Rêves. J’ai été bouleversé par cette pièce. Wajdi Mouawad a su mettre des mots sur mes sensations les plus intimes et les plus profondes, et aussi mes peurs, mes colères, mes incompréhensions. Il parle de toutes les amours, de la violence, de la douleur, de l’enfance perdue ou passée, des souvenirs, de la solitude…. J’ai monté ce spectacle pour partager tout cela et j’ai choisi des comédiens qui ont la grandeur d’âme et les épaules pour porter ce texte avec toute la force de leur jeunesse. »

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Willem loue une chambre d’hôtel et passe la nuit à écrire. Au bout de sa plume naît une série de personnages, créatures surgies des profondeurs de l’écrivain, autant de doubles de lui-même qui envahissent l’espace de son imaginaire. Sollicité par le désir d’un roman à venir – Architecture d’un marcheur, l’histoire d’un homme qui marche vers la mer -, Willem dialogue sans pitié avec ces êtres invisibles qui nourrissent ses colères et sa rage, ses doutes et ses angoisses de créateur. Peu à peu, il fera une rencontre qui va compléter l’ensemble de son univers : l’hôtelière, qui l’importune souvent avec de faux problèmes pratiques, mais qui veut combler sa solitude depuis que le destin l’a frappée.
« Dire le monde, le déployer, le dérouler telle une fresque offerte au regard », voilà ce qui caractérise l’œuvre universaliste et humaniste du dramaturge. Il laisse le choix au spectateur de pouvoir endosser le rôle de l’acteur dans sa propre vie, ses propres choix, qu’il soit le créateur de sa propre histoire. Lui permettre de rêver à ses désirs et lui dire qu’il est temps pour lui d’y rêver.
Laissons le dernier mot à James Borniche :
« Je veux réveiller chez le spectateur, c’est mon espoir, des émotions, des désirs profonds et peut-être des prises de conscience, sur eux, sur le monde. Notre ambition aura été d’apporter le temps d’une heure et demie notre foi en l’humanité, avec force, humour, amour, simplicité et sans concession. »

Ces actrices qui prennent la plume…

Plus de 500 romans pour la rentrée littéraire et parmi les romancières de nombreuses florentines, délaissant – peut-être parce qu’elles sont délaissées – les scènes de théâtre et les plateaux de cinéma. Elles s’adonnent, solitaires, à une nouvelle occupation pour enrichir leur vie intérieure, leur touche artistique. Les mots, c’est aussi leur domaine, l’écriture leur permettant d’exercer leur pouvoir sur eux autrement, profondément, peut-être irrévocablement.

Depuis longtemps Sylvie Granotier livre ses productions de romans noirs qui font la joie des critiques et du public. Le tout dernier, La Place des morts (Albin Michel), a fait trembler ses lecteurs tout l’été. Sylvie Simon écrivit deux beaux romans au Dilettante avant de se consacrer à l’écriture de scénarios et notamment Les Petits meurtres d’Agatha Christie.

Anne Brochet et Sylvie Testud pratiquent à merveille l’alternance. Elles portent leur double casquette dans une intermittence bien remplie.

Après elles, de jeunes actrices, rivalisant de charme et de beauté, se sont attelées à l’écriture et ont trouvé à vivre des aventures inédites. Citons pêle-mêle Camille de Peretti, Alma Brami et tout dernièrement Rebecca Vaissermann, mais de celle-ci nous reparlerons un autre jour.

Trois de nos actrices-écrivaines, telles des reines sur le char florissant de la rentrée, font belle impression sur les têtes de gondole des libraires, selon l’expression consacrée…

Nelly Allard

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Après Le Crieur de nuit, justement récompensé par le Prix Roger-Nimier, revient avec Moment d’un couple (Gallimard), qui nous entraîne dans un trio presque classique, le mari, la femme et la maîtresse, rien de nouveau, pensez-vous ? Au contraire, sur ce thème, l’auteure distille goutte à goutte le poison de la jalousie qui peut entrer en chacun de nous, à l’improviste. Elle analyse les soubresauts du cœur humain, avec précision et doigté, elle entre dans les caractères des trois protagonistes avec un raffinement stylistique plus que délicat. Elle conduit l’action comme dans un thriller du meilleur acabit. Elle tient en haleine le lecteur, qui n’en peut mais… Du grand art de dentellière de la pensée et de la connaissance du sentiment.

Isabelle Coudrier

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Elle aussi, est obsédée par la passion amoureuse – mais qui ne l’est pas ? – et par le monde de l’enfance. Elle offre aux Éditions Fayard J’étais Quentin Erschen. L’enfance est le terrain de jeux souvent interdits. Déjà Cocteau nous raconta ses Enfants terribles. Ici, dans une petite ville de province, Quentin, Raphaël et Delphine Erschen sont les voisins de Natacha. On assiste dans un jardin les mystères de leurs explorations et leurs jeux pour le moins étranges. Ils grandissent, avec leurs chagrins et leurs secrets. Natacha est amoureuse de Quentin, qui ne sait pas aimer. Et puis Delphine disparaît brutalement… Isabelle Coudrier a côtoyé de prés le cinéma. Elle fut scénariste et réalisatrice. Elle un sens aigu de la composition et du suspens. Elle a beaucoup lu, Stendhal, Modiano, Thomas Mann. Elle impose un univers romanesque bien à elle, empreint de classicisme certes, mais dans une écriture résolument contemporaine.

Isabelle Sorente

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Enfin, aborde dans son dernier roman, 180 jours, publié chez JC Lattès, une histoire pas ordinaire dans la littérature. 180 jours, c’est le temps qui sépare la naissance d’un porc de sa mort à l’abattoir. Ce sont aussi les six mois qui vont faire basculer la vie d’un homme, Martin Enders, universitaire, qui enquête au sein d’un élevage industriel de porcs. Fondé sur la propre étude de l’auteur, le roman expose la relation entre deux hommes dont l’autre est Camélia, porcher de son état, que son travail répugne de plus en plus. Cette amitié improbable va changer le cours de leurs vies. Isabelle Sorente invite à une plongée impitoyable dans une organisation infaillible et inhumaine. « Un porc, c’est quelqu’un ou quelque chose ? » On est endroit de se poser la question et l’auteure tente d’y répondre en interrogeant le rapport entre l’homme et la bête dans une société où la rentabilité est le mot d’ordre.

Héros et anti-héros

Héros et anti-héros

Au moment où Christian Croset attaque son travail sur « l’étoffe des héros », l’actualité théâtrale semble donner raison à son choix. Deux scènes de la périphérie parisienne accueillent sur leurs plateaux deux mythes conséquents.

L’un est Macbeth au Théâtre Nanterre-Amandiers. Une mise en scène au scalpel de Laurent Pelly, la mise au jour sombre de la violence, l’illustration des mouvements corrompus du sieur écossais et de sa belle, magistralement interprétés par Thierry Hancisse et Marie-Sophie Ferdane.

L’autre est Hannibal au Théâtre 2 Gennevilliers dans une lecture par trop académique de Bernard Sobel. Le spectacle ne rend pas justice à ce maudit de Grabbe, ou alors c’est ce satané Grabbe (et son traducteur) qui ne parvient pas à nous intéresser. Les acteurs, Jacques Bonnaffé en tête, peinent à trouver le souffle et le mordant ou s’encombrent d’un style incertain. Shakespeare sort gagnant de la comparaison. Dans la lande bourbeuse et les châteaux glacés, on avance à grandes enjambées, dans une allure martiale propre à écraser impitoyablement le destin des héros.

Avec Le Soldat ventre-creux, de Hanokh Levin, joué au Théâtre de la Tempête à la Cartoucherie, on passe dans le camp des anti-héros. On n’est plus chez les grands de ce monde. L’auteur revisite la figure de Sosie, après Plaute et Molière, mais dans un registre tragique. Quand un soldat revient de guerre il a simplement eu d’la veine et puis voilà… nous dit la chanson. Pas le nôtre. Il retrouve sa maison, mais elle est occupée par un autre… Sosie ! au ventre plein, lui qui a le ventre creux. Sa femme, son fils le considèrent comme un étranger, celui qui dérange. Ses voisins, devenus aveugles et muets, ne le reconnaissent pas. Et voici qu’arrive le Soldat ventre-à-terre, revendiquant lui aussi l’identité de Sosie…

Soldat ventre creux

La guerre, éternelle histoire des hommes, révèle les héros et les anti-héros. Elle éclaire la cruauté et l’humiliation de notre condition. La domination d’un Sosie sur l’autre et voici une nouvelle guerre qui recommence, plus intime, ou plus domestique, mais qui n’en est pas moins douloureuse. Levin propose une fable politique, inspiré par le conflit israëlo-palestinien,  sur la domination de l’homme par l’homme. Il décrit avec talent l’égarement de ceux qui reviennent du front, qui pourraient être aussi ceux qui reviennent des camps de déportation ou de réfugiés. Tour à tour, les actions farcesques et macabres, les interrogations existentielles sur le sens de la vie occupent le terrain consciencieusement labouré par Véronique Widock.  « Cette histoire est celle de toutes les guerres, écrit-elle, mais sous la plume de Levin, l’humanité refuse de se soumettre. Et le Soldat ventre-creux, doué d’une incroyable aptitude à l’espoir, repoussant les limites du possible, fait preuve d’un incroyable appétit de vivre. » Dans le rôle, Stéphane Facco montre une fois encore qu’il est un acteur hors pair. Il fait très bien passer les interrogations de l’auteur sur le doute, la folie, l’approche de la mort. Avec lui on se demande où trouver une issue dans ce monde. Il réunit toutes les facettes de son art et en devient touchant et… héroïque.

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