Le Blog du Cours Florent

Théâtre

Jimmy P. (Psychothérapie d’un Indien des plaines)

Jimmy P. (Psychothérapie d’un Indien des plaines)

d’ Arnaud Desplechin, avec Benicio del Toro et Mathieu Amalric, d’après une histoire vraie.

Indien Blackfoot ayant combattu en France lors de la Seconde Guerre mondiale, James Picard souffre de terribles maux de têtes depuis une violente blessure de guerre au crâne.

Simple douleur issue d’un traumatisme physique ? Georges Devereux, anthropologue aspirant à devenir un véritable psychanalyste, et qui pourrait, il faut le dire, être lui-même un patient de l’hôpital, part à la recherche de causes plus psychiques.

Jimmy P 2

L’évolution poignante de l’histoire, au fil d’un face-à-face entre le patient et son psychothérapeute dans lequel la frontière qui sépare la relation amicale de la thérapie est joliment brouillée, nous emporte dans une recherche de la catharsis qui sera à la fois celle de Jimmy P. et la nôtre.

C’est l’homme qu’il est qui est au centre de cette épopée vers l’intime. L’Homme avec un grand H et sa place dans la société en tant que membre d’une minorité et individu doté d’un libre-arbitre, et l’homme en tant qu’entité masculine qui se fait toujours tout petit devant les femmes.

Arnaud Desplechin nous tient en haleine avec peu, de manière impressionnante. Musique ambiguë, dialogues rythmés et précis, mise en scène simple et efficace. On comprend petit à petit que si Jimmy P. ne parvient pas à se soigner, c’est nous qui ne ressortirons pas indemnes de la séance.

Théo Barbé

Un senior parle aux juniors : Andrzej Strzelecki

Un senior parle aux juniors : Andrzej Strzelecki

Hier soir, lors de la première du Prix Olga Horstig 2013, au Théâtre des Bouffes du Nord, a eu lieu la 4ème édition du Prix François Florent qui récompense la carrière de professeurs émérites d’art dramatique. Cette année le prix est revenu à Danielle Dubreuil, qui a longtemps exercé au Conservatoire de Versailles, et à Andrzej Strzelecki, Recteur de l’Académie de Théâtre de Varsovie.

Pour ceux, et ils sont nombreux, qui n’étaient pas présents, voici des extraits choisis (et savoureux) de l’allocution de Monsieur Strzelecki.

Depuis 34 ans j’exerce ce métier très suspect qu’est l’enseignement de l’art dramatique et de la mise en scène.  Je dis bien suspect. Pour votre compatriote Marcel Achard, le métier de comédien ressemble à celui de la courtisane : d’abord pour son propre plaisir, ensuite pour le plaisir des autres et, à la fin, pour l’argent. Je n’enseigne pas cela : les élèves le savent déjà.

Tous les étudiants ne connaissent pas la thèse d’Oswald Spengler, le philosophe allemand : « Un jour le dernier portrait de Rembrandt et le dernier morceau de Mozart cesseront d’exister – même si un morceau de toile ou une feuille de partition auront été conservés – parce que le dernier œil ou la dernière oreille qui auraient pu recevoir leur message auront désormais disparu ».

Cette phrase contient la réponse à la question : pourquoi enseigner l’art ?

Pour que Spengler ait tort, ou bien qu’il ait raison le plus tard possible, on pourrait se demander quel intérêt aura un jeune homme à connaitre Molière, à aimer Bach ou à s’intéresser à la peinture de Dali ? Le jeune homme, peut-être, n’en tirera aucun bénéfice, mais la culture, elle, en bénéficiera. Et la culture, c’est une forme de connaissance. Le rôle du professeur est de chercher des élèves qui pourront être, dans l’avenir, comme des réceptacles dans lesquels on pourra stocker certaines valeurs à transmettre aux générations futures.

Il n’est pas nécessaire d’être archéologue pour savoir que tous les réceptacles ne renferment pas toujours des trésors et que la plupart traversent le temps brisés en mille morceaux. Mais sans avoir la foi en la réussite de certains de nos élèves, il est inutile de se préoccuper de pédagogie.

L’art fait partie intégrante de notre vie. Il en influence plus ou moins la nature. Il utilise cette langue internationale qui nous fait appartenir à une certaine communauté : la communauté qui veut croire que le monde est beau et que les gens sont bons. L’art aide à garder la foi, la foi indispensable pour rendre notre existence plus facile et plus légère.

Si j’avais été plus jeune, j’aurais dit que ce prix me motive pour améliorer mon travail. Mais comme je ne sais vraiment pas faire mieux, je dirais que ce prix est pour moi un magnifique et rafraichissant cocktail énergétique. Même si c’est une formulation assez risquée… car vous connaissez l’anecdote du comédien qui, avant de monter sur scène, avait bu quelques verres de cognac : il a merveilleusement joué le premier acte. Pendant l’entracte, il a bu quelques verres de plus et a encore une fois joué merveilleusement… le premier acte.

Conseils pour la jeunesse

Conseils pour la jeunesse

En ce temps de rentrée scolaire, il est bon de passer par la sagesse de nos augustes vieillards. On pourrait dire aussi « anciens », ce qui est plus politiquement correct, mais cette qualification de « vieillards » sonne de manière plus savoureuse. Ils ont occupé leur vie à réfléchir sur le monde, à trouver des solutions pour mieux vivre ce passage sur la terre, alors tendons l’oreille pour les écouter.

L’excellent chroniqueur de télévision du journal Le Monde, Renaud Machart, également critique musical à ses heures, relate dans un récent article, l’émission « Bibliothèque Médicis » de Jean-Pierre Elkabbach (76 ans) recevant le philosophe Marcel Conche (91 ans).

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Moins connu que son médiatisé disciple, André Comte-Sponville, ce valeureux nonagénaire est professeur émérite de philosophie à la Sorbonne. Il a formé plusieurs générations de penseurs. Il me semble intéressant de méditer sa réflexion à l’endroit de la jeunesse :

« Ne pas perdre son temps à des bêtises mais étudier. Savoir vers quoi on se sent porté de manière privilégiée, savoir où on aimerait jouer un rôle dans la société : si on n’a pas de talent pour la peinture, il faut renoncer à la peinture, si l’on n’a pas les jarrets d’Anquetil, il faut renoncer à la bicyclette… Et si l’on ne se trouve aucun talent, il reste la politique. »

Aux bons entendeurs, salut !

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